Les fonctions du langage définies pas Jakobson
Le linguiste Roman Jakobson définit six fonctions du langage, chacune centrée sur un des éléments du schéma de la communication
Rappel du schéma de communication par Jakobson
Le schéma de Jakobson est un modèle décrivant les différentes fonctions du langage. Il a été développé à la suite des études de Karl Bühler, dont le modèle se limitait aux fonctions émotive (expressive), conative et référentielle.
D'après Roman Jakobson, « le langage doit être étudié dans toutes ses fonctions ». C'est-à-dire que le linguiste doit s'attacher à comprendre à quoi sert le langage, et s'il sert à plusieurs choses. « Pour donner une idée de ses fonctions, un aperçu sommaire portant sur les facteurs constitutifs de tout procès linguistique, de tout acte de communication verbale, est nécessaire ». Les voici :
Les six fonctions de la communication telles que les identifie Roman Jakobson sont chacune liées à un de ces éléments.
Les fonctions du langage sont les suivantes :
Il considère d'ailleurs que ces fonctions « ne s'excluent pas les unes les autres, mais que souvent elles se superposent ». Le langage peut ainsi servir à plusieurs choses à la fois : maintenir le contact (fonction phatique) tout en prenant pour objet le code du message (fonction métalinguistique), par exemple, dans as-tu entendu ce que je t'ai dit ?
L’émetteur au cœur de cette fonctionexprime ses sentiments, ses opinions. Dans le discours cette fonction setraduit par des exclamations,des verbes de sentiments ou de jugement, destermes évaluatifs.
« Ah ! Qu’il fait beau ! »
Elle est centrée sur le récepteur chez qui l’émetteur veut faire naitre des impressions ou des réactions. Cette fonction se traduit par l’emploi des marques de la 2nde personne, d’impératif, de tournures interrogatives, d’exclamation…
« Tu as vu comme il fait beau ? »
Elle faitporter le langage sur le référent(ou contexte) sur lequel il s’agit dedonner des informations : narration, description, explication… Lesphrases déclarativesetle mode indicatifseront alors privilégiés.
« Il fait beau »
La fonction phatique est utilisée pourétablir, maintenir ou interrompre le contact physique et psychologiqueavec le récepteur. Elle permet aussi devérifier le passage physique du message.
« Bonjour, ça va ? »
« Allô »
« Heu »
« N’est-ce pas ? »
Quand il fautdonner des informationssur le code, ses éléments, son fonctionnement comme édicter une règle de grammaire, cette fonction entre en jeu (le préfixe méta- signifie « au dessus » une métalangue est donc unelange qui permet de parler d’une autre langue.
« L’expression « il fait beau » signifie que le ciel est bleu et que le soleil brille ».
L’émetteur peut avoir la volonté desoigner particulièrement l’esthétique de sa signification. Cette fonction ne touche pas seulement la poésie, mais aussi les proverbes, les jeux de mots, les slogans…
Slogan jeu de mots d’une ancienne marque de distributeur : « Mammouth écrase les prix ».
Les messages publicitaires mettent en œuvre bien évidemment l’ensemble de ces différentes fonctions, souvent de manière combinée. Ils peuvent parfois en utiliser une de manière dominante.
Le message expressif met en avant l’émetteur, l’image qu’il veut donner de lui, son système de valeurs. Cela correspond à ce que la rhétorique classique appelle lapreuve éthique. La communication institutionnelle oucorporate produit souvent ce type de message porté sur l’émetteur. L’annonceur peut également utiliser une autre personne célèbre ou reconnu (une star, un expert…) pour être son porte parole ou son ambassadeur et placer sa communication sous l’autorité de cette dernière : on reconnait ici le fameux argument d’autorité.
Dans une visuel, Novotel fait porter son message clairement sur l’annonceur et vante son expertise « pour organiser une réunion pro, li mieux c’est de demander à des pros », « expert en organisation », et son professionnalisme… Cette communication vise à donner une image positive de soi.
Le message impressifmet la cible en valeur en l’interpellant, notamment au moyen d’impératifs ou d’interrogations, ou en la mettant indirectement en scène. Ce type de message est employé soit pourvaloriser les performance du produit,les bénéficesque peut en tirer l’émetteur, soit pourvaloriser la cibleen lui montrant quele produit satisfait à ses besoins et ses motivations, soit encore pourcréer ou renforcer un lien affectifentre le produit et la cible.
Dans le visuel du Crédit Agricole, la cible est directement interpellée par des impératifs à la deuxième personne : « souriez, vous pouvez enfin être propriétaire », « financez ».
Le message référentiel porte sur le produit à promouvoir, il le met en scène, le décrit. Ce type de message permet d’êtrepurement informatifou detransfigurer le produit en le magnifiant.
Dans le visuel de l’Oréal, le message porte clairement sur le produit (le référent). Celui-ci se distingue aisément de l’annonceur (la marque). Des informations sont données à son propos : sa nouveauté, sa promesse et surtout le fait qu’il soit issu d’un long travail de recherche…
L’objectif est decréer le contact pour que le message soit vu.Le procédé le plus employé est celui duregard du mannequinqui appelle celui du récepteur.L’originalité du visuelpeut jouer également cette fonction.
Dans le visuel de Dior pour Dior Homme, la fonction phatique apparait de façon dominante. Le regard de l’égérie (Jude Law) est directement dirigé vers le spectateur et créé le contact.
La fonction métalinguistique estplus rare dans la publicité. Elle peut néanmoins être utile pourdonner le nom d’un produit, ou exprimecomment prononcer le nom d’une marque à consonance étrangère.
Dans un spot télévisé pour la marque Stoeffler, un grand père Marseillais est repris par sont petit fils parce qu’il ne sait pas prononcer le nom de la marque des tartes flambées qu’il apprécie. Le slogan est « je sais pas le dire, mais je le mange bien », néanmoins, le spot nous informe de la manière de prononcer le nom de la marque.
Dans le flot incessant des publicités, il fautattirer l’attention de la cibleen lui proposant despublicités agréables, voire belles. Il faut doncsoigner la qualité du messageet avoir recours à la fonction phatique, mais elle peut servir aussi à magnifier le produit en le faisant accéder à unedimension imaginaire.
Dans le visuel de Thalys, la qualité du message en lui-même est particulièrement soignée. La communication s’articule autour de la personnification d’une cigogne qui préfère prendre le train plutôt que de voler de ses propres ailes. Le message devient ainsi plaisant, imaginatif et drôle.
On peut définir des fonctions particulières du langage, notamment dans les situations liées au travail et à la publicité.
Au travail, l’utilisation du langage réponds à trois fonctions essentielles :
La connaissance de ces trois fonctions et de la manière dont elles sont employées au sein de l’entreprise est une des clés de la réussite de la communication interne.
Outre l’utilisation que fait la publicité des fonctions du langage, on peut établir un rapport assez étroit entre ces dernières et les finalités de la communication à des fins commerciales, que celles-ci par le langage ou par l’utilisation des codes de l’image et des sons.
On peut en effet assigner quatre fonctions essentielles à la communication commerciale :
La communication commerciale se caractérise en effet par la hiérarchisation et l’instrumentalisation conscientes, voulues et systématiques des fonctions, et donc des ressources du langage. Les fonctions du langage sont mises au service de la communication commerciale.
On obtient ainsi les équivalences suivantes :
| Fonctions de la communication commerciale | Fonctions du langage |
| Poétique | Poétique – phatique (Jakobson) |
| Cognitive (faire connaitre) | Référentielle – Expressive |
| Affective (faire aimer) | Poétique – ExpressiveConative (impressive) |
| Conative (faire agir, acheter) | Conative (impressive) |
Depuis les années 1970, à la suite notamment des travaux des linguistes J.L. Austin et J.R. Searle,l’utilisation du langage est étudié comme un acte : « dire, c’est faire ».L’étude des actes de langage s’appelle la pragmatique.
Austin distingue trois sortes d’actes de langage :
Ils consistent àdire quelques choses, l’énoncé ou contenu du message peut être faux, maisl’énonciation est indiscutable.
« Il fait beau »
Ils désignent lesactes locutoire qui manifeste l’intention de celui qui produit. Ces actes peuvent de plusieurs sortes :
Acte illocutoire assertif : « Je te dis qu’il fait beau »
Acte illocutoire expressif : « Qu’il fait beau ! »
« Ne vois-tu pas qu’il fait beau ? »
Ces actes sont illocutoire qui produisent un effet.
« Ferme la porte » est un acte illocutoire persuasif. Il devient perlocutoire s’il convainc le récepteur de fermer la porte.
Certains de ces actes contiennent eux-mêmes d’effet qu’il produise.
« Je te promet de revenir », la promesse est un acte en soi,
« Tu as raison », qui est un acte de concession définitive.
Dans certains cas,l’acte d’énonciation et le contenu logique de l’énoncé peuvent être en opposition.
Dire « Je vous interdis de penser aux vacances » induit le résultat contraire au contenu logique de l’énoncé.
Ces actes de langage peuvent êtres perçus par l’émetteur tout comme par le récepteur comme des agressions. De récentes recherches ont mis à jour lanotion de face :les interlocuteurs sont soucieux au cours d’une conversation de « sauver la face » ou de « ne pas perdre la face ». Brown et Levinson distinguent deux faces complémentaires :
Dans la communication, chacun cherche à accroitre son territoire ou au minimum à le préserver. Cependant, l’interaction des actes de langage contrarie ce désir de face. On peut distinguer alors des actes menaçant ou des actes gratifiants pour les faces.
| Face de l’émetteur | Face du récepteur | |||
| Actes menaçant | Acte gratifiant | Actes menaçant | Actes gratifiant | |
| Face négative | Promesse dont la réalisation risque de nuire au territoire, concession… | Pardon, don… | Offenses, contacts corporel non souhaités, agressions visuelle, sonores, olfactives, ordre, conseils… | Félicitation, compliments, reconnaissance, remerciement, vœux… |
| Face positive | Aveux, excuse, autocritique… | Critique, réfutation, reproche, insultes, moquerie, vexation… | ||
Un même acte peut relever de plusieurs catégories en même temps : un ordre ou un conseil peuvent gratifier la face positive de celui qui l’émet et rabaisser celui qui le reçoit.
Le contexte interpersonnel, social et culturel joue un rôle capital dans la compréhension de la valeur d’un acte du langage.Ainsi, un conseil peut être analysé comme valorisant pour le récepteur dans un contexte d’apprentissage ou comme dégradant dans un contexte d’égalité des interlocuteurs.
Certaines culture donnent plus d’importance à la face positive (code de l’honneur, peur de la honte…), d’autres valorise la face négative (soucis de préservation du territoire, de l’intimité…). Il revient aux règles de la politesse d’atténuer l’aspect menaçant des actes de langage.